Aller au bout de ses rêves: interview de Virginie (Les Pas d’Antigone)

Lorsque l’on est animé par un rêve depuis sa plus tendre enfance et que l’on se donne les moyens d’y parvenir, il n’y a rien de plus beau que de pouvoir raconter son histoire, expliquer le chemin parcouru et donner de l’espoir à tous ceux qui pensent qu’ils ne pourront peut-être jamais réaliser ou ne serait ce que toucher leur rêve du bout des doigts.

J’ai donc décidé d’interviewer Virginie, qui vient d’écrire et de réaliser son premier court métrage, afin qu’elle puisse partager avec nous son expérience et ses conseils.

1. Quand as-tu commencé à te projeter dans le monde du cinéma ?

J’étais une petite fille très rêveuse qui avait souvent besoin de s’évader, et j’ai entièrement plongé dans le cinéma à la découverte du film Retour Vers le Futur ! Une totale fascination dont je ne parviens toujours pas à trouver l’explication. Je la retrouve à chaque fois, en revoyant le film, mais je ne peux la verbaliser, c’est une magie puissante et incroyable ! Je l’ai vu au bon âge sans doute, tout simplement. Avec les livres, le cinéma était pour moi le meilleur moyen de m’immerger dans l’imaginaire, de rentrer dans une bulle dans laquelle je me sentais chez moi. J’écrivais des histoires sur un petit cahier offert par mon père. Ce goût d’écrire et d’inventer ne m’a jamais quitté tout au long de ma scolarité, et lorsque j’ai découvert, après une année hasardeuse en fac de Droit, qu’il existait une formation audiovisuelle près de chez moi à Corte en Corse, je n’ai pas longtemps hésité. J’ai donc effectué un DUT Services et Réseaux de Communication à l’IUT di Corsica, et ai enchaîné avec une Licence Professionnelle Techniques et Activités de l’Image et du Son. L’un de mes deux projets d’études présentés en fin d’année était le scénario des pas d’Antigone…

2. Pourquoi être derrière la caméra quand tant de personnes rêveraient d’être dans les feux des projecteurs ?

Mais j’ai fait du théâtre, figure-toi ! J’ai un peu frôlé ce rêve à un moment ! Haha ! Je me suis sentie très rapidement plus à l’aise dans l’ombre pour tout dire. La découverte de la réalisation, qui est arrivée pour moi bien après l’écriture et le jeu, m’a conforté dans une « place » (je n’aime pas beaucoup ce mot, qui évoque trop les étiquettes bien ordonnées, ce métier est tellement vaste et polyvalent ! Mais bon… Enfin, laissons les guillemets !) que j’aime. En effet, réaliser c’est raconter avec des images, du son, des formes, des textures, des couleurs, des angles de vue, transmettre des ressentis, des émotions… C’est aussi de l’écriture finalement. Qui plus est, la sensation de voir prendre vie une histoire qui part juste d’une idée qu’on a eue un jour, comme ça, ça n’a vraiment pas de prix ! Cependant, j’ai joué dans quelques courts-métrages pour m’amuser et ai continué longtemps le théâtre en amatrice. Cela me manque parfois d’ailleurs, mais je me sers beaucoup de ma modeste expérience pour la direction d’acteurs. Il me semble que cela m’a aidée sur le tournage à parler le même langage que les comédiens, et surtout à conserver de l’empathie. C’est la même chose avec les techniciens. Je suis intermittente du spectacle, je m’occupe des figurants sur les tournages en Corse. Là aussi, il y a une expérience de l’univers du plateau qui permet de comprendre les postes, de mieux communiquer avec tout le monde.

les pas d'antigone

 

3. Que répondais-tu à toutes les personnes qui te disaient que le cinéma ce n’est pas une profession, qu’il n’y a pas de débouchés … etc … ?

J’ai l’impression qu’il y a plusieurs étapes : quand tu exprimes ce désir enfant, on croit beaucoup en toi, on trouve que tu affirmes un désir tôt, donc que c’est bon signe. Jusqu’ici, tout va bien, rien à répondre.

Ensuite on essaie de te dissuader de faire tes études dans ce domaine, en te disant qu’il vaut mieux prendre une voie « sérieuse », et qu’ensuite « tu pourras toujours écrire ou jouer à côté pour le plaisir, et qui sait ?.. » Alors tu essaies la voie « sérieuse » et puis tu comprends très vite que ça ne fonctionnera pas pour toi. L’avantage c’est que tu es majeure, tu peux rétorquer qu’après tout c’est ta vie, tu en es le seul pilote !

Enfin, tu finis tes études et là c’est le pire : la période de recherche d’emploi ! Se faire des contacts, un réseau, rencontrer des gens, travailler sur des projets pas ou peu payés, toujours pour agrandir ce fameux réseau justement, très souvent certaines personnes ne comprennent pas. « Tu travailles sans être payée ?! » J’ai fait beaucoup de jobs alimentaires (et je ne suis pas à l’abri d’en refaire) pour m’occuper l’esprit, ne pas être inactive entre deux projets qui m’intéressaient vraiment. Ce que je répondais habituellement, et que je pense toujours aujourd’hui, c’est le besoin vital, viscéral même, de ne pas regretter de ne pas avoir essayé. Je gagne moins d’argent que si j’étais allée jusqu’à l’école de magistrature, ça ne fait aucun doute, mais je ne suis pas cette personne là. La voilà ma réponse, et ce sera une question : « Pourquoi être quelqu’un que je ne suis pas ? » Ce n’est déjà pas une mince affaire d’être soi-même !

4. Réaliser son rêve c’est très beau sur le papier mais très dur en pratique. Est ce qu’il y a eu des moments où tu t’es découragée, jusqu’à envisager de baisser les bras ?

Oui c’est arrivé maintes fois ! D’autant que ce film a connu une production très difficile. Et quand on découragé, qu’on se retrouve démuni face aux obstacles, le temps se rallonge, et peut être très usant.

5. Comment t’es tu motivée à ne pas abandonner ?

Avec l’aide de certains proches, bien-entendu, le soutien moral n’a pas son pareil ! Également, en m’imprégnant d’expériences d’autres personnes qui ont pu rencontrer des difficultés bien plus grandes que les miennes, et qui sont arrivées au bout de leur idée tout de même ! La persévérance est une qualité que j’admire beaucoup.

6. Qu’est ce qui a été ta source d’inspiration pour ce court métrage ? Et quelle est son histoire ?

Il s’agit de la déambulation silencieuse d’une jeune comédienne de théâtre à la recherche de son rôle, dans la confrontation inévitable avec le metteur en scène pour l’incarner au plus juste. Un petit détail de costume imposé par le metteur en scène à la jeune fille va la déstabiliser au plus haut point, et lui faire perdre confiance. L’intrigue réside dans le fait de savoir à quel moment, dans quelle mesure un acteur a son mot à dire sur la construction de son personnage, sur sa façon d’aborder son travail.

L’idée a commencé à germer pendant mon stage de fin d’études à Paris. J’étais dans une société de production qui fait beaucoup de captations de pièces de théâtre et de spectacle vivant. Pendant la préparation de la captation d’une pièce, j’observais l’effervescence des derniers préparatifs : chacun à son poste, avec ses problématiques, ses soucis à régler, tout en communiquant avec les autres pour que tout aille dans le même sens au moment M. L’ambiance d’un théâtre me plaît tout particulièrement en plus, l’écrin a juste facilité l’imagination. J’avais envie de retranscrire cette solitude que l’on peut vivre par moments, assez paradoxale à l’idée de l’entreprise commune. Cela peut se vivre aussi beaucoup sur un plateau de cinéma d’ailleurs. Comment parvenir à se faire entendre pour bien faire son boulot, sans faire pâtir l’ensemble ? C’est presque de la chimie…

11084272_1628028634076827_9178584661513588184_n

 

7. Combien de temps finalement s’est écoulé entre l’idée et sa réalisation ?

6 ans et 11 mois ce sont écoulés. Ça n’est pas rien ! 😉

8. Pourquoi ce titre ?

Le petit détail costume dont je parle précédemment réside en fait dans les chaussures. Pierre, le metteur en scène, décide à la dernière minute, comme une sorte de lubie, de faire jouer Lila pieds nus. A partir de là, sans chaussures ses pas ne se font plus entendre, et elle se voit comme dépossédée, désincarnée, devenant une ombre presque fantomatique errant dans le théâtre sans qu’on fasse attention à elle. Il lui faut retrouver son personnage d’Antigone d’une part, mais surtout se retrouver elle-même pour parvenir à communiquer son avis à Pierre.

9. Qu’as tu ressentis le jour de la diffusion de ton court métrage en avant première ?

Une angoisse terrible avant ! Je n’en menais pas large ! Haha ! D’un autre côté, j’étais heureuse de mon film, de sa concrétisation surtout, je voulais qu’il passe, le voir enfin à l’écran. Je voulais que mon équipe le voit enfin aussi, qu’ils voient tous qu’on a beaucoup travaillé pour quelque-chose que j’ai mené à terme, qu’on n’a pas fait tout ça pour rien. Après la diffusion j’étais soulagée, contente et toute ouïe pour les avis, les opinions, les discussions, qui ont été très jolis et m’ont fait beaucoup de bien. Enfin, je pouvais échanger sur mon film !

11080393_1628205294059161_7182649147425198247_o

 

10. Quel est le compliment qui t’as le plus touché suite à cette diffusion ?

Que l’on me dise que j’ai un vrai univers, une « patte », et ce n’est pas venu de n’importe qui, en plus ! Je n’en revenais pas ! C’est tellement encourageant pour la suite…

11. Qu’aurais tu à conseiller à nos lecteurs qui voudraient tous voir leurs rêves se réaliser ?

Gardez précieusement la part de rêve dans ce que vous entreprenez, gardez la même jalousement, c’est une chose qu’on peut trop facilement se faire voler lorsqu’on se cogne à la réalité. Et puis travaillez, travaillez, travaillez, relevez-vous dès que vous tombez ! Enfin, n’oubliez pas de rire énormément, tournez en ridicule les obstacles, allégez votre tête, soyez sérieux mais sans vous prendre au sérieux, c’est une grande leçon que j’ai apprise !

virginie

Merci Virginie d’avoir partagé avec nous tes peurs et tes convictions. Merci d’avoir pris le temps de me répondre, de l’avoir fait aussi rapidement et avec autant d’honnêteté.

Quand on croit fort en quelque chose tout est possible, à condition de travailler dur, de se donner les moyens d’y parvenir et de savoir saisir les opportunités. Et surtout, il faut savoir être patient et rester humble.

Avant de croire en quelque chose,

il faut avant tout croire en soi.

Soutenez les pas d’Antigone sur Facebook https://www.facebook.com/lespasdantigone

ob_d241c5_reve-realite-de-nlEt vous, votre rêve c’est quoi ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s